mardi 30 mars 2010

COMPRENDRE HAÏTI POUR NE PAS L'OUBLIER ENCORE #4


Depuis quelques semaines, ma vie réelle a pris des allures de tornade émotionnelle (un décès, une hospitalisation, des inquiétudes, des activités, beaucoup de fatigue, etc.). Elle m’a tenu loin de la réflexion historique, de la polémique ou de la confrontation. Comme l’écrivait si bien Zoreilles sur son blogue : « Pas le goût de refaire le monde, de dénoncer, de sensibiliser, de parler des contraintes, des obligations, pas de réflexion à ébaucher ni de questionnement sur le sort de l'humanité. Juste du bonheur. » Pour moi ce ne fut pas que le bonheur mais une kyrielle d’émotions prenantes. Le besoin demeure cependant le même, celui de partager plus sur mon monde et moins sur le Monde.

Ce matin, après avoir reçu du courrier d’une fidèle amie virtuelle, je me sens un peu recrinquée et j’ai le goût de reprendre ma série sur Haïti. Comme le faisait remarquer Une femme libre sur son blogue « on n’entend plus parler d’Haïti » et c’est vrai. Je vais donc faire ma petite part pour ne pas l’oublier.

Mon but n’a pas changé : démystifier l’histoire de ce petit pays malmené par les Grands (France, Allemagne, USA) et victime d’un héritage empoisonné celui de l’esclavage, du racisme et de la colonisation afin que notre regard ne tombe pas dans le préjugé facile et superficiel.

On peut lire les billets 1, 2 et 3 ici :
http://yadesmots.blogspot.com/2010/02/comprendre-haiti-avant-de-loublier.html
http://yadesmots.blogspot.com/2010/02/comprendre-haiti-pour-ne-pas-loublier.html
http://yadesmots.blogspot.com/2010/02/comprendre-haiti-pour-ne-pas-loublier_24.html

4- Chronologie rapide de l’histoire d’Haïti :

Ici, soyez indulgents, ce n’est qu’un survol ultra-rapides de certains événements qu’il me semblait opportun de vous rapporter.

1493 les Espagnols conquièrent l’île et soumettent les autochtones à des travaux forcés afin d’extraire l’or des mines. C’est là le premier pillage de cette terre. En moins de 25 ans les populations indiennes furent décimées par la brutalité de l’esclavage et des maladies européennes. Dès 1503, le recours aux Noirs d’Afrique est nécessaire.

1625 les Français s’installent au Nord-est puis au sud.

1665 la colonie française prend son essor.

1685 est édicté le Code Noir qui donnait les grandes lignes de la conduite des esclaves et des maîtres. Les dispositions pourtant sévères de ce Code furent souvent amplifiées. Aux peines capitales prévues dans certains cas, les colons ajoutèrent des sévices et mutilations. L’Africain était marqué au fer rouge, changeait de nom, abandonnait ses habitudes vestimentaires, sa culture, sa langue, sa religion, etc.

1700 l’Espagne abandonne ses prétentions à la possession de l’ensemble de l’île et tolère la présence française.

1777 le Traité d’Aranjuez officialise la souveraineté de la France sur le territoire appelé Saint-Domingue (futur Haïti) Les premières cultures sont le tabac et l’indigo. La traite négrière se développe et s’institutionnalise. La colonie de Saint-Domingue devint la plus riche des Antilles. Cette prospérité reposait principalement sur la culture du sucre et du café.

1789, à la veille de la Révolution Française, Saint-Domingue employait 500 000 esclaves noirs pour 32 000 blancs et 28 000 gens de couleurs libres (mulâtres et affranchis) La Révolution déclencha des violences en cascades. Les colons blancs réclamèrent l’autonomie, les libres de couleur réclamèrent pour leur part l’égalité réelle avec les Blancs et les noirs se prirent à espérer la liberté.

1791 La révolte des Noirs débute en août, plus de 1000 blancs sont égorgés et leurs habitations incendiées. Sous la conduite de leurs chefs — dont le plus important fut Toussaint Louverture (noir affranchi et lettré) — les Noirs passèrent d’une révolte à une guerre de libération en s’alliant d’abord aux Espagnols de Santo Domingo, en guerre contre la nouvelle République française.

1794: Les Anglais conquièrent Port-au-Prince.

1798, agissant comme un gouverneur, Louverture négocie avec les Britanniques, puis impose la suprématie des Noirs sur les mulâtres au cours d’une guerre civile en 1800. C'est le début d'une lutte d'influence qui ne va plus cesser jusqu’à nos jours entre la minorité mulâtre et la majorité noire. Les mulâtres descendent des anciens affranchis (blancs du côté de leur père ou grand-père). Établis dans les villes, ils possèdent ce qui reste de richesses sur l'île et se flattent de parler français. Les Noirs descendent des anciens esclaves. Cette lutte insoluble est une des clés de l’histoire haïtienne
LOuverture remet l’économie de plantation sur pied en instaurant les travaux forcés et a recours à la force pour réprimer la contestation des Noirs.

1801 Louverture se fait nommer gouverneur à vie tandis que Bonaparte qui en France avait signé un arrêt secret en 1800 pour rétablir l’esclavage dans les colonies envoie une flotte de 30 000 hommes à bord de 86 vaisseaux dirigée par son propre beau-frère le général Leclerc qui a pour tâche d’accomplir cette mission !!!
Ayant eu connaissance de cette mission, Louverture déclare la guerre d’extermination aux Français (sera-t-on surpris que la violence amène la violence ?) Les villes sont incendiées, les rivières empoisonnées.
D’abord les Noirs résistent à Leclerc, puis reculent devant la puissance de son armée.

1802 fin avril, au prix de 5000 morts et autant de malades ou de blessés, les Français tiennent la côte. Les généraux se rendent et Louverture lui-même accepte la reddition et est déporté en France. Louverture neutralisé, Leclerc désarme la population à grand renfort d’exécutions sommaires. C’est alors que certains prennent pleinement conscience de la volonté de rétablir l’esclavage. Apprenant le rétablissement de celui-ci en Guadeloupe, Alexandre Pétion (un mulâtre très instruit) donne le signal de la révolte. Entre-temps, le successeur de Leclerc utilise des chiens tueurs achetés à Cuba et qui sont entraînés à chasser et manger des Noirs !!!

1803 l’armé le général noir Dessalines provoque le massacre de la population blanche. Il redonne à Saint-Domingue son nom indien d’Haïti (Ayiti) et proclame la République en 1804.
En principe donc le peuple noir haïtien est enfin à l’abris de la servitude esclavagiste après 300 ans.

Mais à peine créée la République est déjà endettée : La France ne reconnaît l’indépendance du pays qu’en échange d’une indemnité de 150 millions de francs-or ! Cette somme payable en 5 ans représente 10 années de recette fiscale pour le pays !!!!! Un impôt spécial dut être créer pour le remboursement de la dette et même le pays du contracter un emprunt de 30 millions. Heureusement en 1838 la dette fut ramenée à 90 millions.

Dessalines prend alors le titre d’empereur, officialise le français, même si la majorité des gens parle le créole. Il confisque des terres et donne les meilleurs à ses officiers et édicte le travail forcé des cultivateurs. Le peuple reprend les armes contre cette dictature et l’empereur est tué par un de ses généraux.

1811 Le général Christophe impose son autorité par les armes et se proclame roi, établit une noblesse, édifie plusieurs palais, distribue des terres à ses proches et force les paysans à y travailler. Une mutinerie à lieu en 1812.

1816, le général mulâtre Pétion se fait nommer président à vie.
Pendant ¾ de siècle, Haïti sombra dans l’instabilité et la violence politique, déchiré entre les élites mulâtres et les noires. De plus hormis quelques exceptions, les dirigeants ne se soucient ni de la société ni de l’économie.

1847, le sénat élit un noir illettré, Soulouque, qui se révèle ambitieux et qui se fait proclamer empereur, se lance dans la répression des mulâtres et règne en despotes pendant 10 ans.
Avec Geffrard c’est une accalmie de 8 ans avent le retour de l’autoritarisme brutal qui entraîne révolte sur révolte. Plusieurs coups d’état se succèdent. L’incurie est telle qu’en juin 1872 le gouvernement allemand utilise la force militaire pour que l’état haïtien rembourse une dette envers des citoyens allemands (bel exemple d’ingérence qui est pratiquement une déclaration de guerre)

1883 devant une insurrection bourgeoise à Port-au-Prince, le président Salomon fait massacrer 4000 mulâtres. Ce triste épisode, appelé plus tard la semaine la Semaine Sanglante. Salomon reçoit un ultimatum des représentants des gouvernements français, allemand, anglais, belge, espagnol, hollandais, norvégiens, et suédois, l'informant que les forces de leur pays interviendront si le pillage et la tuerie ne cessent pas immédiatement. A midi, la ville se calme.

1890 Après plus d’un an d’anarchie, Hyppolite prit le pouvoir. En 1891, il tint tête à la volonté des États-Unis de se faire concéder la pointe Nord-Ouest du pays : le môle Saint-Nicolas. La même année, devant une sédition d’une partie de sa garde, il fit massacrer 150 personnes. En 1896, les révoltes reprirent.

1897 L’État haïtien était si déconsidéré que, fin 1897, à la suite de l’emprisonnement musclé d’un résident allemand, Lüders, l’Allemagne expédia deux navires de guerre pour exiger une indemnité exorbitante de 20 000 $ et les excuses officielles du chef de l’Etat, Tirésias Simon Sam, qui dut s’exécuter !!!

1908 Les luttes entre factions militaires reprirent. Même les opposants au pouvoir en place se déchirèrent. Un président chassait l’autre : entre 1908 et 1915, il y en aura neuf.
Profitant de la désorganisation a partir de 1908, les compagnies américaines négocient des concessions exorbitantes pour construire des voies ferrées et développer des plantations de bananes en expropriant les paysans.

1910, la banque américaine National City achète une part importante de la banque de la République d’Haïti.

A ce moment, Les Allemands exerçaient un pouvoir économique important en Haïti, la majorité du commercer maritime était sous leur contrôle et celui de leurs alliées les mulâtres. Les Américains vont bientôt entrer en guerre contre les Allemands...

Les Américains décidèrent alors d’occuper militairement Haïti notamment pour défendre les intérêts de la banques d’affaire américaine Kuhn Loeb & co. Le président Wilson envoie donc Les Marines à Port-au-Prince. Ils débarquèrent pour occuper le pays jusqu’en 1934 !!! En 6 semaines, les Etats-Unis font élire un président et font signer un traiter qui leur donne le contrôle des douanes et de l’administration. L’administrateur américain avait le pouvoir de veto sur toutes les décisions gouvernementales d’Haïti. Ainsi 40% des recettes de l’état passaient sous le contrôle direct des Etats-Unis. L’armée était dissoute au profit d’une gendarmerie dont les officiers étaient américains. Cette occupation était encore une fois une forme de colonisation.

Ajoutons à cela, que les USA, qui insistaient pour avoir le contrôle de la banque d’Haïti enlèveront le 17 décembre 1914, en plein jour, manu militari, le stock d’or du pays, soit 500 000 dollars, propriété incontestable du gouvernement Haïti.

De plus, les occupants américains étaient racistes. Cette attitude consterna en particulier l’élite mulâtre francophone et éduquée.

En 1918, le système des « corvées » forcées engendra une violente réaction populaire. Le nombre des paysans armés atteignit 40 000. Il fallut 2 ans aux Marines pour mater la révolte aux prix de 2000 morts.

Gênés par la brutalité de cette répression devant l’opinion publique et sans plus bénéficier de la justification de la guerre contre l’Allemagne, les Etats-Unis envoyèrent en 1921 une commissions d’enquête au Sénat. La National City Bank fut critiquée pour des pratiques déloyales, telles que le refus de payer au gouvernement d’Haïti les intérêts sur l’argent déposé sur des comptes transférés à New York. Elle se mit à payer les intérêts après 1922, mais seulement 2% au lieu de 3.5% accordé aux autres dépositaires équivalent ce qui fut évalué par certains économistes comme une perte d’un million de $ en intérêt ! Je pense qu’on peut clairement appeler cela un vol !

Les troupes américaines se retirèrent le 21 août 1934, mais les USA maintiennent le contrôle sur les douanes jusqu’en 1946.

1950, l’armée organisa les premières élections présidentielles au suffrage universel. La mobilisation du corps électoral fut faible, un colonel fut élu à 99% des votes.

1957, l’armée organisa encore des élections et François « Papa Doc » Duvalier fut élu.
Des le début, Papa Doc imposa une politique répressive de diverses manières. En 1961, il prononça la dissolution du Parlement. Son régime s’appuyait sur une milice paramilitaire : « Les Volontaires » connu sous le surnom de « Tontons macoutes ». Avec cette garde personnelle il neutralise l’armée, s`me la terreur dans tout le pays et parvint à étouffer toute résistance. En 1967 seulement on compte 2000 morts ! De nombreux Haïtiens prennent le chemins de l’exil.

1971 « Bébé Donc » fils de l’autre accède au pouvoir à 19 ans. Amorçant une timide libéralisation du régime, Jean-Claude Duvalier s’aliéna une partie de la classe noiriste qui avait soutenu son père en épousant une mulâtresse le 27 mai 1980. En janvier 1986, un soulèvement populaire le renverse et il s’exile en France.

1990-91 S’ensuivit alors des juntes militaires jusqu’en 1990 alors qu’il y eu des élections sous le contrôle international. Jean-Bertrand Aristide, ancien prêtre qui se fait l’avocat des pauvres, remporte la victoire. Son accession à la présidence de la République redonne un peu d'espoir au peuple haïtien. Mais, en 1991, il est renversé par une junte militaire dirigée par le général Cédras, aidé par la CIA et le gouvernement de Bush. Aristide se réfugie alors aux États-Unis. S’ensuivie le massacre de milliers de personnes. Les Nations unies décrètent un embargo. Des réfugies commencent à affluer vers les États-Unis.

1994 Sous la présidence de Clinton et avec le soutien du Conseil de sécurité des Nations Unies, les États-Unis interviennent, 20 000 soldats américains débarquent en Haïti en 1994. Cédras s’enfuie au Panama. Le président Aristide est rétabli dans ses fonctions, qu'il laisse à son proche René Préval, élu à la présidence de la République 1995. Le mandat d'Aristide touchait à sa fin et la Constitution ne l’autorisait pas à en briguer un second consécutivement. En janvier 1997, l’Unesco remet le Prix 1996 de l’éducation aux droits de l’homme à Aristide.

2000-01 Le gouvernement Préval doit faire face à une opposition constituée de ses anciens alliés. Son mandat est marqué par plusieurs assassinats politiques. Des élections législatives sont organisées en mai 2000. Aristide est proclamé vainqueur de l’élection présidentielle mais le scrutin est entaché d’irrégularités et du boycott de l’opposition. Le pays plonge à nouveau dans une situation des plus confuses. Le trafic de drogue dépasse les records atteints sous la junte militaire. Quant à la classe moyenne, elle n'apprécie pas l'ancien «petit curé», lui reprochant son caractère imprévisible et son emprise sur les masses. À partir de 2001, des groupes sans constitution officielle s'attaquent aux partisans du gouvernement. Ces derniers réagissent de la même façon. La police s'attaque aux deux parties avec violence. Aristide durcit également son pouvoir, qui devient de plus en plus autoritaire, notamment en s'appuyant sur les "chimères", des hommes de main qui terrorisent la population.

2003, l’opposition s’organise sous le nom de Groupe des 184. Groupe dont le leader était Apaid, homme d'affaires américano-haïtien dont le père était un supporter des présidents Duvalier et qui fut étroitement lié à sa création par l'International Republican Institute, fondation politique liée au Parti républicain et à l'administration de Bush. L'objectif de ce Groupe des 184, était d'ouvrir davantage Haïti aux capitaux des financiers et banquiers américains et contrer ceux qui s'opposeraient à cette ouverture d'Haïti aux investisseurs et industriels des États-Unis. (comme si le peuple haïtien avait besoin de ça !)

2004 Jean Bertrand Aristide finit par démissionner en 2004 sous la pression de militaires français et de marines américains, avant-garde d'une force internationale envoyée par l'ONU pour ramener l'ordre dans la capitale, la MINUSTAH. Peu après le départ d'Aristide, Alexandre, assure l'intérim en vertu de la Constitution. Aristide est accusé de tous les maux du pays, d'enrichissement personnel et de crimes politiques. Exilé en Afrique, il se plaint que les militaires étrangers l'ont forcé à démissionner et à partir sur leur hélicoptère.

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Je sais pas pour vous, mais moi faire ce genre de lecture à complètement modifier ma vison de l'histoire d'Haïti...

Je vous reviens bientôt avec la suite de cette série.

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